TA de Caen L’arrêté du 6 janvier 2011 susvisé du préfet de la Manche …….. est annulé.

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

DE CAEN

 

 

 

N° 1102616

___________

 

ASSOCIATION

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M. Lauranson

Rapporteur

___________

 

M. Cheylan

Rapporteur public

___________

 

Audience du 2 octobre 2012

Lecture du 16 octobre 2012

___________

27-04

29-02

C

 

 

F D

 

 

 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

 

 

 

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

 

 

 

Le Tribunal administratif de Caen

 

(2ème Chambre)

 

Vu la requête, enregistrée le 26 décembre 2011, présentée par l’association …..est ………… ; l’association ….. demande au tribunal :

– d’annuler la décision du 6 janvier 2011 par laquelle le préfet de la Manche a autorisé l’exploitation de la microcentrale hydroélectrique de ………;

– de mettre à la charge de l’Etat une somme de 900 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

………………………………………………………………………………………………………………………………………..

 

Vu la décision attaquée ;

………………………………………………………………………………………………………………………………………..

 

Vu l’ordonnance en date du 25 mai 2012 fixant la clôture d’instruction au 12 juin 2012, en application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative ;

………………………………………………………………………………………………………………………………………..

 

Vu le mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2012, présenté pour la société Usines ……qui conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de l’association …… une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

………………………………………………………………………………………………………………………………………..

 

Vu l’ordonnance portant rouverture et clôture de l’instruction le 11 juillet 2012 à 12h00 en application de l’article R. 613-4 du code de justice administrative ;

………………………………………………………………………………………………………………………………………..

 

Vu les autres pièces du dossier ;

 

Vu le code de l’environnement ;

 

Vu le code de l’énergie ;

 

Vu le code de justice administrative ;

 

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience ;

 

Après avoir entendu au cours de l’audience publique du 2 octobre 2012 :

 

– le rapport de M. Lauranson ;

 

– les conclusions de M. Cheylan, rapporteur public ;

 

– les observations de Mme Chevret, représentant l’association ….;

 

– les observations de Mme Cardone, représentant le préfet de la Manche ;

 

– les observations de Me Remy, avocat au barreau de Nancy, pour la société Usines ……….. ;

 

Connaissance prise de la note en délibéré, enregistrée le 3 octobre 2012, présentée pour l’association ….. ;

Connaissance prise de la note en délibéré, enregistrée le 12 octobre 2012, présentée pour la société Usines …… ;

 

Sur les conclusions à fin d’annulation :

 

1. Considérant que sont regardées comme fondées en titre ou ayant une existence légale les prises d’eau sur des cours d’eaux non domaniaux qui, soit ont fait l’objet d’une aliénation comme bien national, soit sont établies en vertu d’un acte antérieur à l’abolition des droits féodaux ; qu’une prise d’eau est présumée établie en vertu d’un acte antérieur à l’abolition des droits féodaux dès lors qu’est prouvée son existence matérielle avant cette date ; que la preuve de cette existence matérielle peut être apportée par tout moyen, notamment par sa localisation sur la carte de Cassini datant du XVIII ème siècle ;

 

2. Considérant que la société Usines …… soutient que son installation était fondée en titre pour une puissance de 32 kw et en déduit que la notice d’impact ne devait porter que sur les effets de l’augmentation de la puissance maximale brute de 32 à 265 kw, à l’exclusion des effets tenant à l’existence même du barrage ; que, toutefois, la société Usines …… ne produit aucun justificatif à l’appui de ses affirmations ; que, par suite, la société Usines …….n’est pas fondée à soutenir qu’elle est détentrice d’un droit fondé en titre, ni, en tout état de cause, que de ce fait l’arrêté attaqué et le dossier de demande qu’elle devait constituer, y compris la notice d’impact, n’avaient à porter que sur l’augmentation de la puissance maximale brute de 32 à 265 kw ;

 

3. Considérant que l’article R. 214-72 du code de l’environnement dispose que :
« I. – Par dérogation à l’article R. 214-6, le dossier de demande comporte les pièces et informations suivantes : (…) 4° Une étude d’impact lorsque la puissance maximale brute dépasse 500 kw ; une notice d’impact lorsque cette puissance est inférieure ou égale à 500 kw ; ce document indique, compte tenu des variations saisonnières et climatiques, les incidences de l’opération sur la ressource en eau, le milieu aquatique, l’écoulement, le niveau et la qualité des eaux, y compris de ruissellement, ainsi que sur chacun des éléments mentionnés à l’article
L. 211-1, en fonction des procédés mis en oeuvre, des modalités d’exécution des travaux ou de l’activité, du fonctionnement des ouvrages ou installations, de la nature, de l’origine et du volume des eaux utilisées ou concernées ; il précise, s’il y a lieu, les mesures compensatoires ou correctives envisagées (…) ;  11° Une note précisant les capacités techniques et financières du pétitionnaire et justifiant qu’il remplit les conditions de nationalité prescrites par l’article 26 de la loi du 16 octobre 1919 relative à l’utilisation de l’énergie hydraulique et par l’article 1er du décret n° 70-414 du 12 mai 1970 concernant la nationalité des concessionnaires et permissionnaires d’énergie hydraulique ; (…) 18° Un recueil de consignes de surveillance de l’ouvrage en toutes circonstances et de consignes d’exploitation en période de crue (…)
 » ; qu’aux termes de l’article L. 211-1 du même code : « I. – Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à
assurer : 1° (…) la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides ; 2° La protection des eaux et (…) plus généralement par tout fait susceptible de provoquer ou d’accroître la dégradation des eaux en modifiant leurs caractéristiques physiques (…) ; 3° La restauration de la qualité de ces eaux et leur régénération ; 5° La valorisation de l’eau comme ressource économique et, en particulier, pour le développement de la production d’électricité d’origine renouvelable ainsi que la répartition de cette ressource ; 7° Le rétablissement de la continuité écologique au sein des bassins hydrographiques
 » ;

 

4. Considérant que l’association……soutient que la notice d’impact de la demande, obligatoire pour les projets dont la puissance est inférieure ou égale à 500 kw, est insuffisante sur les incidences de l’opération en ce qui concerne l’aspect physique du cours d’eau et plus particulièrement le piégeage des sédiments et alluvions ; que la liste des incidences doit s’entendre comme toutes les incidences sur le cours d’eau, y compris les fonds du cours d’eau et donc les sédiments et alluvions ; qu’il résulte de l’instruction que la notice ne présente pas d’incidences du projet sur le piégeage des sédiments et alluvions alors que l’avis de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), dans son analyse technique du 12 février 2010, indique que « les retenues impliquent une rupture du transit solide : dépôt et stockage dans la retenue de sédiments grossiers transportés par charriage et accumulation de pierres et graviers en amont et disparition en aval ce qui contrarie les frayères » ; que le courrier de l’agence de l’eau Seine-Normandie du 19 février 2010 indique que « l’ouvrage a un impact fort sur le transit sédimentaire » ; que la direction régionale de l’environnement (DIREN) de Basse-Normandie indique dans un courrier du 26 novembre 2010 que : « La Vire est une des quelques rivières à radiers de la région. Leur granulométrie grossière est favorable au frais des salmonidés. (…) Les longueurs et volumes des retenues et des canaux d’amenée participent fortement au piégeage du transport sédimentaire » ; que, par suite, compte tenu de l’importance du transport suffisant des sédiments et alluvions dans la Vire et du risque connu de leur piégeage par les centrales hydroélectriques, comme celle dont il est question et qui ne sont pas utilement remis en cause, l’association Manche Nature est fondée à soutenir que la notice d’impact, qui ne présente aucune incidence sur ce point, est insuffisante ;

 

5. Considérant, par ailleurs, que la notice indique que « …… au droit du site est en domaine intermédiaire. Elle abrite des cyprinidés et des salmonidés, le peuplement est mixte » (page 5) ; que le tableau 2-5 présente une douzaine d’espèces capturées dans la Vire entre 1997 et 2005 ; qu’il est indiqué, en page 16 de la notice, que la Vire « regroupe des espèces intéressantes voire protégées : le chabot, l’écrevisse à pieds blancs, la truite fario, la lamproie de planer » ; que, toutefois, seuls le saumon et l’anguille font l’objet d’une analyse de l’incidence des équipements sur la dévalaison de ces espèces ; qu’il est d’ailleurs indiqué que « pour les autres groupes il existe peu d’information sur d’éventuels incidents de la centrale » ; que, par suite, alors que la Vire est classée au titre de l’article L. 432-6 du code de l’environnement pour certaines espèces de poissons, aucune incidence n’est présentée sur les espèces autres que le saumon et l’anguille fréquentant la section …… concernée par le projet et à l’impact de l’ouvrage sur celles-ci ; que, par suite, l’association …. est également fondée à soutenir que la notice d’impact est insuffisante sur l’incidence de la prise d’eau sur la circulation de ces espèces ;

 

6. Considérant que l’association …… soutient que le dossier de demande ne comporte pas de « recueil de consignes de surveillance de l’ouvrage en toutes circonstances et de consignes d’exploitation en période de crue » en méconnaissance du 18° de l’article R. 214-72 du code de l’environnement ; que, si le dossier comporte, en page 20, un paragraphe sur « les moyens de surveillance et d’intervention » qui sont repris en annexe de la notice et qui indique que « chaque site de production possède une maisonnette occupée par un gardien chargé de la surveillance qui doit prévenir la société ……en cas de nécessité et que toutes les opérations sont réalisées par un agent de cette société professionnelle disposant de moyens nécessaires en cas d’incident ou d’accident », ces informations ne sauraient être considérées comme valant recueil de consignes de surveillance exigé par les dispositions précitées ; que, par suite, l’association …… est fondée à soutenir que la demande était incomplète et que l’arrêté contesté est intervenu à l’issue d’une procédure irrégulière ;

 

7. Considérant qu’il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que l’association ….. est fondée à demander l’annulation de l’arrêté attaqué ;

 

 

Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

 

8. Considérant qu’en vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, le Tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge ; que les conclusions présentées à ce titre par la société Usines ….. doivent dès lors être rejetées ; qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 400 euros à verser à l’association ….. au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens ;

 

 

D E C I D E  :

 

 

Article 1er :    L’arrêté du 6 janvier 2011 susvisé du préfet de la Manche concernant la micro centrale hydroélectrique …….. est annulé.

 

Article 2 :     L’Etat versera à l’association ……. la somme de 400 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

 

Article 3 :     Les conclusions de la société Usines …….. sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :       Le présent jugement sera notifié à l’association……. au ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie et à la société Usines ……….

 

 

Délibéré après l’audience du 2 octobre 2012, où siégeaient :

 

Mme Kimmerlin, présidente,

M. Lauranson, conseiller,

M. Kauffmann, conseiller,

 

 

Lu en audience publique le 16 octobre 2012.

 

 

Le rapporteur,

       Signé M. LAURANSON

 

La présidente,

   Signé D. KIMMERLIN

 

   Le greffier,

                                                Signé A. LAPERSONNE

 

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